ZENDO "La Rivière Blanche"

La lettre (juillet 2026)

 

Ô Ami-e sur la Voie

En été, le soleil inonde le champ de blé et les cigognes se régalent dans le sillage des moissonneuses batteuses, les pattes dans la rivière le héron patiente dans un coin ombragé, ainsi la saison s’écoule dans un ordre imperceptible. Assis sur un zafu dans le silence du zendo tu te mets au diapason de cet ordre universel auquel tu participes et qui en même temps est infaisable.

Une pratique dans « l’esprit du zen », telle que l’écrivait Graf Dürkheim favorisant les conditions d’une maturation intérieure plus profonde à laquelle une dimension de toi aspire, comme tout individu, et qui cherche à se manifester au jour en tant que toi-même. Une pratique dans « l’esprit du zen » c’est laisser se déployer cette dimension de toi qui n’est autre que l’esprit de la Voie, le goût du simple, du silence et de la clarté en toi. Lorsque tu viens au zendo tu partages cela avec tous, tu t’assois en toi, avec les autres et avec tout l’univers car tout l’univers se meut en une unité inimaginable et indicible. Tu n’es pas une goutte d’eau dans l’océan mais l’océan dans la goutte d’eau écrivait le mystique persan, Rumi.

Laisse la goutte se fondre dans l’océan au rythme du va et vient du souffle, sans que tu ais besoin d’attendre ou de chercher quoi que ce soit. Simplement te sentir inspirant puis expirant, coïncidant avec cette action du corps vivant que tu es ; alors « il ne reste plus qu’un zafu sous le ciel vide, le poids d’une flamme » ; écrivait Ejo, le disciple de Dôgen. N’est-ce pas cela se glisser dans l’infaisable, comme une cigogne dans un champ de blé ou un héron au milieu de la rivière ?

Dans l’acte d’être, l’attente et la recherche sont fondues dans la réalisation de l’instant, la cigogne réalise la cigogne, le héron réalise le héron et toi tu réalises ce que tu es. « L’action dont il est ici question n’est pas engagée à partir d’un niveau d’être qui est celui du moi volontariste et ambitieux … ; dit J. Castermane, … l’expérience d’être pleinement soi même ne se révèle pas à travers un concept ; elle se révèle dans le goût d’être pleinement soi-même ».

Lorsque tu pratiques zazen, lentement tu entres dans la rivière, le lac ou l’océan ; tu goûtes à l’expérience d’être assis si tu es assis, à l’expérience de marcher si tu es en train de marcher, à l’expérience de réaliser une action dans le quotidien lorsque tu es en train de la réaliser simplement, aussi imperceptiblement tu t’éveilles à ce goût et tu libères l’esprit de la Voie, naturellement.

Cercle zendo

Comme la lune illumine la nature

Ainsi elle éclaire mon coeur

 

Date de dernière mise à jour : 01/07/2026