La lettre (avril 2026)
Ô Ami-e sur la Voie
« Maintenant, pour toujours ! », voilà ce que m’a soufflé le vaste silence lorsque l’encens brule et que la bougie éclaire la pénombre du zendo à l’aube. Ami-e sur la voie ne sens-tu pas que « maintenant » est qui tu es et que « pour toujours » n’est pas différent de qui tu deviens ?
Lorsque je questionnais J. Castermane sur son chemin afin de compulser des éléments de biographie pour l’ouvrage qui lui a été consacré, sa seule réponse était ; « Maintenant, je suis assis ici! ». Inlassablement j’étais renvoyé à ce maintenant, à cet instant présent, à l’instant éternel, à ce goût de « maintenant, pour toujours » qui ne cesse de s’épanouir dans le silence de notre existence. Simplement s’assoir dans une aspiration sincère et une authenticité non feinte, te conduis dans les flots de ce va et vient du souffle, qui ne peut que se réaliser dans le « maintenant ».
« Maintenant, je suis assis ici! » ou encore « je suis là, maintenant », sonne comme le gong, comme un facteur de rappel, afin de ne pas oublier de vivre dans le temps et l’espace où tu te trouves, il sonne comme un appel à rentrer en toi, à ne plus te fuir ou à échapper à ce qui est. Zazen te met immédiatement face à cela, alors lorsque tu viens au zendo n’attends pas d’y être pour pratiquer, chaque pas de la cour au vestiaire et jusqu’au zafu, chaque geste comme poser ta veste et enlever tes chaussures, ta manière de t’incliner et déjà de pratiquer debout, n’est autre que ; « maintenant, pour toujours ! ».
Un oiseau se pose sur la branche, la pâquerette qui éclot sous la chaleur éclatante du soleil, un col vert qui s’envole dans le murmure de la rivière, le son de ton pas et celui de ton cœur qui bat, ton souffle t’enveloppe dans cet instant qui a le goût de « maintenant, pour toujours ! ».
Graf Dürckheim écrivait :
« Là où la nature repose complètement
En soi,
Elle est environnée de silence.
Tel un papillon, simplement,
Et comme elle se tient là,
Et ne veut rien savoir d’autre,
Là est le silence
Celui de la vie qui coïncide avec elle-même ».
Toi qui es de la nature, repose complètement en toi-même, sans chercher autre chose que ce qui est, sans vouloir savoir autre chose que ce qui est, demeure dans ce qui est et qui t’ouvre à ce vaste silence, s’il me reste un désir, c’est celui-là pour nous tous.
Il est des paroles qui sonnent au-delà de l’espace et du temps, n’est- ce pas ce vaste silence qui éclaire le « Maintenant, pour toujours ! » ? …

Comme la lune illumine la nature
Ainsi elle éclaire mon coeur