La lettre (octobre 2026)
Ô Ami-e sur la Voie
" ... Droit devant nous la Voie ..."; dit Maitre Hakuin dans Le chant de zazen. Nul besoin d’emprunter plusieurs chemins, inutile d’imaginer de multiples détours car la pratique de zazen est sans détour. « Quand cesserez-vous de fuir l’essentiel ? » demande Graf Dürckheim à son disciple J. Castermane, question que tu serais bien inspiré à entendre et à approfondir si tu es en chemin.
Ami-e sur la Voie, toi qui t’assieds jour après jour et t’immerges dans ce flux de l’attention au souffle, tu sens la vie qui coule en toi, tu en oublies l’origine et la fin, comme si la cause et l’effet ne font qu’un, souligne Hakuin. Lorsque tu tournes ton regard vers l’intérieur tu fais face à ta vraie nature, sans détour ni fuite, le souffle qui coule inlassablement t’emporte vers le non-moi, le non-deux, ouvrant devant toi la Voie.
La rivière coule sans se soucier de la berge qui l’accompagne, sans s’opposer au rocher se tenant debout au milieu de son cours, sans être dérangée par la branche flottant à sa surface, simplement elle coule. Le col-vert s’envole au-dessus des eaux, une truite nage dans les flots agités et le vent souffle immobile dans les branches qui par leur bruissement répondent au murmure de la rivière, telle l’ordre des choses, le Tao disent les anciens. Droit devant toi la Voie, ainsi tu t’assieds sans t’opposer ni t’accrocher à ce que la Vie te présente.
La rivière coule comme la Voie, droit devant toi, lorsque tu te confies à la pratique de zazen (ou d’un autre exercice spirituel), les évitements entrent à nouveau dans l’ordre des choses, les fuites de soi retrouvent le chemin du Tao, nos manières de complexifier la vie se simplifient, tout retourne à l’Un comme une loi immuable qui nous habite, dont nous cherchons à nous extirper naïvement, à fuir comme le souligne Graf Dürckheim, alors que Cela coule, que nous le voulions ou non. L’infaisable susurre J. Castermane, avec le sourire de celui qui connait et qui consent patiemment au rythme du disciple en chemin.
Maitre Sekito, dans le San Do Kai, te rappelle que sans entrer dans tes catégories personnelles, dans tes propres interprétations et conceptualisations, si tu ne comprends pas la voie qui se trouve sous tes pieds, comment sauras-tu où marcher ? et il poursuit à la fin de son texte ; toi qui étudies la voie, je t’en pris ne perd pas l’instant présent.
Alors Ami-e sur la Voie, quelle est ton aspiration à cette dernière ? est-elle aussi limpide que la réponse de D. T. Suzuki à Graf Dürckheim lorsqu’il pense avoir compris ce qu’est le zen en lui disant que c’est comme un poisson dans l’eau. D. T. Suzuki précise en disant, c’est comme l’eau qui cherche l’eau !

Comme la lune illumine la nature
Ainsi elle éclaire mon coeur